L'artiste

Alexei Matrossov

Moscou, 1944 — Bruxelles. Une vie entière à créer, expérimenter, transmettre. De l'art monumental soviétique à la poésie des formats intimes.

1er Septembre 1944

L’Héritage du Trait

Naissance à Moscou. Alexei grandit dans l'ombre du Kremlin, où son père, architecte pour Mosproekt, dessine alors le Palais des Congrès.

Dans cet univers de grands ensembles, son regard s'habitue à la mesure du monde. Auprès de sa cousine Emma, il passe de l'observation à la maîtrise : elle lui transmet la rigueur technique, gravant dans sa main les premiers gestes de l'artiste.

“Les conseils les plus importants de tante Emma ? La patience. Et la technique de dessin”
L’Héritage du Trait
1956 — 1962

La Résilience du Dessin

À douze ans, Alexei franchit le seuil de l’école d'art plastique. Si le cadre académique se rompt lors de son ultime année, son ambition demeure intacte : par une intelligence du détour, il achève son parcours aux cours du soir.

Une première épreuve qui forge sa capacité à s'adapter pour sauver sa vocation.

1962

L’Entrée aux Portes de l’Excellence

Alexei franchit le seuil de la prestigieuse école Stroganovskoïe. Admis au sein de la faculté d’Art industriel et décoratif monumental, il quitte l'esquisse pour l'envergure.

Là, son art change d'échelle : il n'apprend plus seulement à dessiner l'objet, mais à imaginer la force et la poésie des œuvres qui habitent l'espace.

“J’étais juste très content d’avoir passé le concours et d’être admis aux études. Beaucoup de monde essayait d’y entrer et ce n’était pas évident, donc j’étais content de réussir du premier coup.”
“J’étais jeune, un peu paresseux et j’avais tort. La bonne école de dessin est très importante, ça m’a beaucoup aidé dans la vie. Nous avons une très bonne école, exigeante mais très constructive, elle apprend à comprendre la forme.”
L’Entrée aux Portes de l’Excellence
1964 — 1967

Le Crayon pour Refuge

Le temps des études s’efface devant le devoir du service militaire. Pourtant, sous l’uniforme, la main ne renonce pas : Alexei continue de dessiner au crayon, capturant le monde entre deux gardes.

Une parenthèse de fer où le graphite devient son seul espace de liberté, préservant la flamme de son art dans le silence de la discipline.

“J’ai toujours déssiné à l’armée. Plutôt au crayon, avec les peintures c’était compliqué mais au crayons tout le temps.“
Le Crayon pour RefugeLe Crayon pour Refuge
1970

L’Ouverture des Horizons

Le cycle de l’apprentissage s’achève. Fort d’une maîtrise complète de la matière et de l’espace, Alexei détient désormais les clés techniques pour intervenir sur les structures d’État.

La fin des études marque le début des réalisations : il est prêt à donner forme aux projets d'envergure, alliant la précision du bâtisseur à la vision de l'artiste.

1971

La Ligne et la Vie

L’année s’ouvre sur deux chantiers, l’un de pierre, l’autre de cœur. Au sein de l’institut Giprovuoz, Alexei dessine le futur des savoirs en concevant des écoles supérieures.

Mais le plan le plus précieux de cette année reste l'arrivée de sa fille, Natalia Matrossova. Entre l’architecture des édifices et celle d’une famille, sa vie s'établit sur des fondations nouvelles.

‘70-’80 L’Art du Détail Technique Alexei explore de nouveaux horizons en prêtant sa plume à la science. Il devient l’illustrateur d’un journal scientifique (Youniy Technique), où il traduit la complexité des mécaniques et appareils techniques en dessins d’une précision chirurgicale. Sous son trait, la machine devient une œuvre, révélant la beauté cachée dans la rigueur des rouages.
“Youniy Technique t’a appris la précision et l’analyse ? Il ne m’a pas appris il m’a aidé. Avec l’argent ahah… c’était un travail amusant, régulier.”
La Ligne et la VieLa Ligne et la VieLa Ligne et la VieLa Ligne et la VieLa Ligne et la VieLa Ligne et la VieLa Ligne et la VieLa Ligne et la VieLa Ligne et la Vie
1976 — 1978

L'Art dans le quotidien

L'œuvre d'Alexei s'inscrit dans la pierre et le quotidien des Moscovites avec la décoration de la station de métro Sviblovo.

L'Art dans le quotidienL'Art dans le quotidien
1980

L’Empreinte du Grand Nord

L’État sollicite son expertise pour des projets d’une envergure stratégique. Alexei réalise des commandes d'exception pour l'armée aérienne et pour les lointaines régions du Nord-Est.

Ses créations ne sont plus seulement esthétiques, elles deviennent les jalons visuels de régions isolées, portant son trait jusqu'aux confins de l'horizon sibérien.

L’Empreinte du Grand NordL’Empreinte du Grand NordL’Empreinte du Grand NordL’Empreinte du Grand NordL’Empreinte du Grand NordL’Empreinte du Grand NordL’Empreinte du Grand NordL’Empreinte du Grand Nord
1980

L’Imaginaire au Fil des Pages

En cette même année, le trait d'Alexei s'adoucit pour s'ouvrir à l'émerveillement. Il délaisse la rigueur des commandes militaires pour illustrer des livres pour enfants.

L’Imaginaire au Fil des PagesL’Imaginaire au Fil des PagesL’Imaginaire au Fil des PagesL’Imaginaire au Fil des PagesL’Imaginaire au Fil des Pages
1986 — 1988

Le Fragment et l’Unité

Pendant deux années, Alexei se consacre à une œuvre monumentale : la mosaïque du Palais de la Jeunesse. Dans cet édifice dédié aux générations futures, il assemble la matière pour créer une image pérenne.

Le Fragment et l’UnitéLe Fragment et l’UnitéLe Fragment et l’UnitéLe Fragment et l’Unité
1990

L’Accord de Crimée

À Mishor, Alexei habille le Salon de la Musique de ses fresques d'intérieur. Son pinceau quitte la pierre monumentale pour épouser l'intimité du lieu, transformant les murs en un écho visuel aux mélodies.

Un instant de grâce où le trait se fait harmonie.

L’Accord de CriméeL’Accord de Crimée
1990

Au Cœur de la Transition

Alexei conçoit une tapisserie destinée à l’ambassade de l’URSS à Washington. C’est un projet de prestige qui doit porter son art outre-Atlantique.

Cependant, la chute de l’Union soviétique bouleverse l’ordre des choses : le projet est stoppé net. L’œuvre ne sera jamais livrée, figée par le basculement d’une époque.

Au Cœur de la TransitionAu Cœur de la TransitionAu Cœur de la Transition
1990

L’Art de la Lumière et de l’Eau

Alexei continue de sculpter l’espace public avec deux projets techniques et sensoriels. Pour la Maison de l’Optique de Moscou, il conçoit une sculpture lumineuse, jouant avec la transparence et les reflets.

En extérieur, il signe une fontaine, maîtrisant cette fois le mouvement de l'eau. Par ces œuvres, il ne se contente plus de décorer les murs : il anime la ville par le jeu des éléments.

L’Art de la Lumière et de l’EauL’Art de la Lumière et de l’EauL’Art de la Lumière et de l’EauL’Art de la Lumière et de l’EauL’Art de la Lumière et de l’Eau
L’Après-1991

L’Art de la Résilience

La chute du régime sonne brutalement la fin des commandes d’État. Face à l'effondrement du système qui portait ses projets monumentaux, Alexei traverse une crise économique profonde.

Loin de renoncer, il déploie une intelligence de survie : il adapte son savoir-faire aux nouvelles réalités, transformant sa rigueur artistique en un outil de résistance.

L’Art de la Résilience

Le Marché d’Izmaïlovo

Désormais, Alexei expose chaque week- end au marché d'art d'Izmaïlovo, qu'importe le gel ou la chaleur. C’est le passage obligé au format transportable : il délaisse les fresques monumentales pour des œuvres à emporter.

Ses tableaux deviennent des fragments de son talent que les passants glissent sous le bras, adaptant son art à la réalité d'une vie plus nomade.

“Très bons souvenirs, toute l’allée des artistes que je connaissais et avec qui je m’entendais très bien, les différents types d’artistes mais peu de personnes qui s’improvisaient complètement, les gens qui avaient quand même un lien par les études ou le travail avec l’art ou l’artisanat. Les week-ends passés ensemble, ça a créé des liens. Ça m’aidait à gagner de l’argent dans ces temps... Je vendais toujours, ne fût-ce qu’un peu. Alors celui qui vendait achetait une bouteille de vodka et on buvait un verre, surtout en hiver ça faisait du bien.”
Le Marché d’IzmaïlovoLe Marché d’IzmaïlovoLe Marché d’IzmaïlovoLe Marché d’Izmaïlovo

Le Refuge de la Création

Alexei fait le choix radical de s'installer au cœur même de sa production : il emménage dans son atelier et loue son appartement. En sacrifiant son confort domestique, il fusionne totalement son espace de vie et son espace de travail.

Ses journées et ses nuits se confondent désormais avec son art, dans ce lieu unique qui devient à la fois son foyer et son sanctuaire.

“On a vécu là-bas 7-8 ans, maman n’aimait pas du tout, car c’était un atelier, pas très confortable, pas un vrai appartement, ça m’inquiétait que maman (Tatiana) ne s’y sente pas bien, j’essayais d’améliorer. Moi j’ai aimé.”
Le Refuge de la Création
1996

L’Horizon Européen

L'année marque un tournant avec son premier voyage en Belgique et la découverte de la France. Pour Alexei, c'est la confrontation avec de nouvelles lumières et d'autres architectures.

Ce périple n'est pas qu'une simple visite : c'est une ouverture sur l'Europe qui vient nourrir son regard et enrichir sa palette de paysages inédits.

“Les premières impressions m’ont un peu noyé au début et puis j’ai trouvé plein de sujets pour mon travail.”
L’Horizon Européen

L’Ancrage Belge

Alexei s'immerge dans la vie culturelle de sa terre d'accueil. Il participe aux Parcours d'Artistes de Bruxelles (2002, 2006, 2008) et expose régulièrement dans le cadre pittoresque de Soiron.

De la capitale à la Wallonie, son trait moscovite s'ouvre à de nouvelles lumières, scellant sa pleine reconnaissance en Belgique.

L’Ancrage BelgeL’Ancrage Belge

Collaborations Majeures

Yuri Korolev Alexei unit son talent à celui de Yuri Korolev, figure emblématique de l'art soviétique et directeur de la Galerie Tretiakov. Ensemble, ils signent des projets d'envergure où l'exigence institutionnelle rencontre la maîtrise technique : Le Palais de la Jeunesse : Une fusion de leurs visions pour créer un lieu de vie et d'art.

L’Ambassade à Washington : Un défi artistique aux enjeux diplomatiques.

“Je l’ai connu dès l’école, c’est grâce à lui et ma cousine que j’ai commencé à dessiner. Je l’ai connu via ma cousine Emma il y a longtemps. Il m’a appris des choses de base par son propre exemple, parfois il me donnait des conseils, mais il n’a jamais vraiment enseigné, ni donné des leçons, il ne prétendait pas m’apprendre quoi que ce soit. J’ai commencé surtout à venir chez lui quand j’ai été exclu de l’école, j’avais du temps pendant la journée et il avait un atelier près du métro Aéroport, et puis près de la station de métro Kievskaïa. Il m’aidait avec le travail aussi.”
Collaborations MajeuresCollaborations MajeuresCollaborations MajeuresCollaborations MajeuresCollaborations Majeures
2025

Le Projet Matrossov

Aujourd'hui, une nouvelle page s'écrit. À partir de 2025, l'objectif est de redonner à son œuvre la place qu'elle mérite à travers le Projet Matrossov.

Ce projet est une initiative de transmission et de redécouverte : il s'agit de remettre en lumière des décennies de création, du gigantisme soviétique à la poésie des formats transportables. En archivant, en exposant et en partageant son héritage, le projet fait revivre le dialogue entre l'artiste et le public, assurant que son trait continue d'inspirer les générations futures.

Le Projet Matrossov
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